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Le référentiel intellectuel
La dépendance
aux énergies fossiles
Pourquoi la question de la dépendance aux énergies fossiles est-elle importante ?
Temps de lecture : 5 min
Le changement climatique n’est pas le seul problème prioritaire auquel s’intéressent le Shift et les Shifters. Nous considérons que la forte dépendance de nos sociétés à des ressources énergétiques géologiquement finies constitue également une menace qu’il convient de prévenir.
Lorsqu’une ressource naturelle est consommée plus rapidement que le temps qu’il lui faut pour être produite, par exemple, le pétrole, le gaz naturel ou le charbon, on parle de « ressource finie ». En pareil cas, les mathématiques permettent de démontrer qu’il y aura fatalement un « pic » à l’extraction de ces ressources, à partir duquel leurs disponibilités viendront à décroître en tendance. Les seuls sujets de débat concernent l’horizon de temps (un pic envisageable pour raisons géologiques dans un siècle n’emporte pas les mêmes conséquences que s’il est pour l’année prochaine ou déjà passé), le niveau maximum atteint, le facteur déclencheur (pénurie ou substitution par une autre ressource), et les conséquences de la baisse de disponibilité.
Pour les combustibles fossiles, il est évident que les conséquences ne sont pas du tout les mêmes selon que le pic survient parce que nous parvenons à nous en détourner à temps, ou parce que nous en restons dépendants avec des ressources géologiques qui deviennent insuffisantes.
Parmi ces énergies à stock fini, dites “énergies fossiles” (pétrole, gaz, charbon), le pétrole a la particularité d’être le plus commode d’emploi par sa forme liquide et sa densité énergétique très élevée par unité de volume. Il est facile à transporter et à stocker (puisque liquide), et à utiliser pour produire de l’par exemple dans un moteur à combustion. En outre, le pétrole, aujourd’hui très abondant, est l’énergie fossile la plus utilisée (31% de la consommation mondiale en 2023 ; une demi-tonne par personne et par an) et la plus mondialisée (2/3 du pétrole extraits sur Terre franchissent une frontière entre leur extraction et leur consommation ; aucune autre énergie fossile ou renouvelable ne dépasse la moitié de ce pourcentage.
De toutes les énergies fossiles, le pétrole est celle pour laquelle la diminution de l’offre mondiale est très probablement la plus proche. A ce jour, la production maximale de pétrole brut a eu lieu fin 2018. Il est encore un peu tôt pour savoir si ce pic “est le bon”, mais de nombreux professionnels du secteur prévoient un déclin marqué à partir de 2030. Il est donc nécessaire d’amorcer un sevrage de nos économies à la dépendance au pétrole pour éviter les chocs « non prévus » que provoquerait un manque d’approvisionnement dans un pays non préparé. Pour le gaz, une contraction mondiale due au seul facteur géologique est probablement plus éloignée d’une décennie ou deux, mais comme il est plus difficilement transportable, il est tout aussi urgent de s’en passer, en particulier dans les zones qui en sont peu pourvues, comme l’Europe.
Certes, c’est bien le changement climatique qui contraint à réduire le plus rapidement les émissions de gaz à effet de serre, en grande majorité liées à la combustion des énergies fossiles. Mais il ne faut pas oublier que même sans problématique climatique nous aurions à gérer une contraction inéluctable de l’approvisionnement en énergies fossiles. C’est ce que nous appellons la « double contrainte carbone ». Si la question du climat est largement documentée, et si sa gravité commence à être bien comprise par une bonne partie de la population, le problème de notre dépendance aux énergies fossiles et du « pic » ou « plateau » de leur production qui nous rattraperait de toute façon reste pour l’heure comparativement sous-documenté, peu discuté et moins bien compris.
Par exemple, si certaines technologies nécessitant des moyens importants, comme la Capture et le Stockage du Carbone (CCS) appliquée à la combustion d’énergies fossiles, sont potentiellement des solutions au changement climatique, leur utilisation ne nous sortirait pas pour autant de notre dépendance aux énergies fossiles.
Ceci étant, le changement climatique reste une question plus large que celle du pic pétrolier, pour trois raisons :
- Les émissions de CO2 dues au pétrole ne représentent, en 2018, que 29% des émissions de CO2 anthropiques (sans même compter les autres gaz à effet de serre). Aussi, nous sevrer du pétrole est nécessaire mais ne suffit pas à résoudre le problème climatique : il resterait à réduire les consommations de gaz et de charbon, la déforestation, la production de ciment, à baisser les émissions de méthane et de protoxyde d’azote notamment en agriculture, etc.
- Si nous le voulons vraiment, il est possible, pour une partie des usages (industrie, chauffage, électricité, et une partie des transports), de basculer du pétrole vers le gaz ou le charbon (l’électrification pouvant se faire au charbon), ce qui nous sortirait de la dépendance au pétrole mais n’améliorerait pas (voire aggraverait) le réchauffement climatique.
- La déplétion pétrolière va avoir des conséquences importantes pour les sociétés, mais elle ne menace pas « la vie » au sens large – contrairement au changement climatique, qui est une transformation qui impacte l’ensemble des sociétés et du vivant, et engendrera une déstabilisation permanente et irréversible à l’échelle de plusieurs siècles.
En revanche, un défaut non anticipé d’approvisionnement en pétrole et/ou en gaz complique paradoxalement l’action contre le changement climatique, puisque cela réduit nos moyens physiques à un moment où l’on ne s’y attend pas, alors que tous les plans actuels présupposent des moyens en croissance pour décarboner (scénario AIE, SNBC, European Green Deal, etc.). L’épisode de défaut de gaz russe en 2022, ayant engendré des problèmes économiques qui nous ont ensuite détournés partiellement de l’action climatique, est une illustration parmi d’autres possibles de ce phénomène. En outre, certaines régions sont particulièrement exposées face à une contrainte sur les extractions de pétrole, et les travaux du Shift suggèrent que c’est le cas de l’Union européenne :
- d’une part à cause de sa forte dépendance envers des pays exportateurs de brut d’ores et déjà en déclin (notamment l’ensemble du continent africain) ou pas loin (notamment la Russie),
- d’autre part du fait des répercussions d’une déstabilisation entraînée dans ces pays exportateurs – qui sont souvent limitrophes de l’Europe – par un déclin des revenus pétroliers.
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The Shift Project et les Shifters abordent-ils d’autres questions environnementales que le climat et les énergies fossiles ?
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Pourquoi la question de la dépendance aux énergies fossiles est-elle importante ?
Nos méthodes et notre approche
Avec quelle méthode les travaux du Shift Project et des Shifters sont-ils réalisés ? Comment leur qualité est-elle garantie ?
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Comment explorer les possibilités de transition énergétique ? Quel rôle pour la méthode prospective et les scénarios ?
Sur quelle zone géographique et à quel horizon temporel portent les travaux du Shift Project et des Shifters ?
Comment abordons-nous les questions autour de la transition énergétique ?
Ce qui n’entre pas dans notre approche
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Pouvons-nous compter sur des changements radicaux (rupture technologique, révolution politique etc.) pour faire face aux enjeux climat-énergie ?
Quelle place pour les autres causes économiques, sociales ou politiques que le changement climatique et la dépendance aux énergies fossiles dans les travaux du Shift Project et des Shifters ?
The Shift Project et les Shifters participent-ils à des manifestations ou des actions de désobéissance civile ? Pouvons-nous y participer en tant que Shifters affichés ?
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